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1 avril 2013

L’alimentation paléo discréditée 1/2: Argumentation

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Christina Warinner est Archéologue spécialisée dans les modes d’alimentations anciens. Dans une conférence au TEDx, elle explique pourquoi les piliers de l’alimentation paléo ne sont pas fondés. Dans l’article qui suivra je vous dirai ce que j’en pense. Il est toujours passionnant lorsque l’on adhère à une idée de rester ouvert et d’accepter le regard extérieur. C’est ce qui fait la différence entre un scientifique et un intégriste. L’important est d’enrichir nos connaissances! Dans cet article je vous traduis la conférence.

« Les quatre fondamentaux de l’alimentation paléo:

1- notre agriculture nous rends chroniquement malade,
2- il faut l’abandonner et retourner à l’alimentation de nos ancêtres 10000 ans en arrière,
3- on connait leur régime alimentaire : viande rouge à la base, légumes et fruits, pas de céréales, de légumineuses ni laitages,
4- améliore la vie et vivre plus longtemps.
Mythe 1 : les humains ont évolués pour manger de la viande et les hommes du paléolithique consommaient de grandes quantités de viande.

Les humains n’auraient aucune adaptation anatomique, physiologique ou génétique à la consommation de viande, au contraire nous aurions plutôt beaucoup d’adaptation à la consommation de plantes.
Les vrais carnivores peuvent fabriquer leur propre vitamine C, pas nous, nous devons la consommer à travers les plantes.

Nous avons un système digestif plus long que les carnivores, car notre nourriture doit rester dans notre corps plus longtemps pour être digérée, c’est ce qu’il faut pour digérer les végétaux.
Nous avons de grosses molaires pour écraser les fibres végétales, nous n’avons pas de canines proéminentes pour déchiqueter la viande.

 

Mythe 2-le mythe de la viande

La viande présentée dans l’alimentation paléo est de nature plutôt grasse, c’est de la viande d’élevage, la viande qu’auraient consommé les hommes paléolithiques aurait été beaucoup plus maigre, avec très peu de matière grasse. Ils auraient aussi consommé la moelle et les organes. La consommation aurait été plus importante dans l’article ou les grandes périodes de froid rendaient la présence de végétaux plus rare. Dans les régions plus tempérées et tropicales les végétaux représentaient une majorité de leur alimentation.
Le mythe de la viande vient de la concentration en isotopes lourds de l’azote qui augmente au fur et a mesure qu’on est en haut de la chaîne alimentaire. Une mauvaise interprétation de cette donnée sans prendre en compte les données environnementales pourrait avoir conduit à la conclusion hâtive ou la viande aurait été prédominante dans le régime alimentaire des hommes du paléolithique. Ce dont au final on est pas certain.

Les paléo ne consommaient pas de céréales ou de légumineuses.
On trouve des preuves d’utilisation d’outils utilisés par les hommes pour écraser des céréales à -30000 ans, avant l’arrivée de l’agriculture.
Bien qu’à ses débuts, l’étude de la plaque dentaire des hommes du paléolithique montre la présence de céréales, légumineuses et tubercules.

 

Mythe 3: les aliments du régime paléo sont ceux que consommaient nos ancêtres.

Tous les aliments présentés dans le régime paléo sont tous domestiqués, provenant de l’agriculture.
Les bananes sont issues de croisements pour les rendre mangeables, les bananes sauvages étant pleines de graines.
La laitue sauvage est amère contient des substances irritantes pour l’estomac, les feuilles sont dures.
Les tomates sauvages contiennent de la α-tomatine qui est un poison.
Les huiles auraient pu être présentes mais aucune presse n’était disponible ou aurait pu être construite par un homme paléolithique.

Un petit déjeuner paléo de type myrtille (provenant de Nouvelle-Angleterre ), avocat (Mexique ), œufs (Chine ) n’aurait jamais pu se trouver sur une assiette au paléolithique.
La myrtille et l’avocat sauvage sont plus petits ou contiennent beaucoup moins de chair que leurs cousins domestiqués.
Les œufs sont disponibles en grande quantité parce que les poules ont été domestiquées, à l’état sauvage ils sont beaucoup plus difficiles à trouver.

Le brocoli n’existait pas au paléolithique, ni le chou, ni le chou-fleur issus de croisements.
Les carottes sauvages contiennent des pesticides naturels et sont amères. Les carottes que nous connaissons ont été sélectionnées et croisées pour être plus sucrées et plus agréables au goût.
Etc pour les amandes et les prunes…

Il y a plusieurs régimes paléo selon la localisation géographique, les hommes mangeaient des produits locaux en fonction de leur environnement..

Si on regarde certains endroits semi désertiques où ont pu vivre les hommes du paléolithique, leurs aliments sont très loin de toute la richesse présentée dans le régime paléo, mais évoluaient énormément en fonction des saisons et de leurs migrations vers des zones plus riches en fonction des saisons.

Les aliments collectés étaient plutôt durs, ligneux et fibreux, la viande consommées était plutôt maigre, consommée avec la moelle et les abats. Les plantes collectés contenaient des produits toxiques à des niveaux variables.

 

Quelles sont les leçons que l’on peut tirer de ce constat ?

1- Il n’y a pas de régime unique mais la diversité est la clé.

Un régime avec des espèces variées est nécessaire.
De nombreux aliments de l’américain moyen contiennent des aliments de 3 origines: mais, soja et du blé.

 

2- On a évolué pour manger les produits frais de saison, c’est à ce moment la qu’il contiennent le plus de nutriments.

Tous les mécanismes de conservation fonctionnent selon le même principe: empêcher la prolifération bactérienne.
Il faut savoir que notre système gastro-intestinal contient des bactéries qui nous sont utiles (Ndt:1kg!) qui nous aident à digérer, à réguler notre système immunitaire, etc… Si nous consommons trop de nourriture avec des conservateurs, quel sera l’impact sur notre flore intestinale? Pour l’instant nous n’en savons rien.

 

3- Nous avons évolué pour manger de la nourriture « complète » avec ses fibres, et tout le reste.

Notre nourriture n’est pas juste la somme des calories et des vitamines, les fibres sont importantes car elles ralentissent le transit et l’absorption des sucres, etc… Les régimes sans fibres tendant à augmenter l’obésité. Le problème avec la mondialisation et la nourriture industrielle (processed food) est qu’on perd la connexion entre les aliments, leurs volumes et leur valeur énergétique. Le problème est qu’on peut consommer énormément de calories en très peu de volume et cela court-circuite notre faculté à sentir quand nous avons assez mangé.
Par exemple la quantité de sucre contenue dans un soda contient autant de sucre que 2.5 mètres de cannes à sucre. En aucune façon un homme du paléolithique aurait pu avoir autant de sucre en une fois alors que de nos jours on peut le consommer en à peine 20 minutes. En découplant les aliments et les nutriments qu’ils contiennent on désactive les mécanismes et les signaux de satiété avec lesquels on a évolué.

 

Conclusion

Mangeons: des aliments frais, les plus variés possibles, et complets.

L’anthropologie et la médecine de l’évolution peuvent nous apprendre énormément de choses sur nous mêmes. La technologie nous ouvre des fenêtres vers le passé et nous avons encore beaucoup à apprendre de nos ancêtres paléolithiques et néolithiques »

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